samedi 16 février 2013

Bébête #2

©Territoires visuels

Fibroptica onirica Originae (Ex Génesius)

Famille des yeux, espèce de Temps perdus, embranchement des Edens originaux.
Kystes d'observation, absorbeur de temps et d'esprits. Ils coexistent toujours en groupe, agglutinés les uns aux autres, mais chacun chez soi. Ils regardent tout en se racontant, mais ne voient pas, n'entendent pas. Ils imaginent et créent leur propre destin. Se nourrissent des désirs d'Être. Se reproduisent jusqu'au Néant.

vendredi 15 février 2013

Bébête #1

©Territoires visuels

Espiritellus sancti unus

Sans famille, sans espèce, sans origine.
Esprit de surfaces, en forme de casque de Möbius, vif comme la lumière, il unit les stratosphères du ciel aux profondeurs des terres.
A l'ombre, il se rend invisible, à l’affût, chasseur de la moindre lueur, il se fait apparaître de partout et de nulle part.
Il coexiste toujours en doubles opposés sur les deux parois de la surface. Il se projette volontiers ailleurs en triple, en quadruple, en quintuple en multitude dès que s'entrouvrent les portes des temps. Il était, il sera, mais ne parvient jamais vraiment à Être. Son Être est exclu de toute logique.

vendredi 8 février 2013

Le ballon-point




Le ballon-point est une infrastructure novatrice dans le domaine des transports et de la sécurité aérienne. Mis au point et développé au début du 21ème siècle par l'équipe de football d'un grand terminal informatique, le Ballon-point  constitue aujourd'hui l'avancée la plus significative et incontournable pour fluidifier le trafic d'altitude qui ne cesse de croître en tendance comme en quantité. La généralisation de cette technologie devrait permettre dans les années à venir d'endiguer l'anarchie cyclonique qui sévit encore dans le ciel aux croisements des grands couloirs d'aiguillage.  Le recours nécessaire à des acrobaties ou à des tourbillons de haut vol devraient se raréfier, et le soulagement de ces entonnoirs de ligne s'effectuer dans la plus grande sérénité.

L'idée est venue tout simplement de l'observation d'un rond-point routier depuis la tour de contrôle d'un aéroport. Mais comment transposer ce système terrestre aux plus hauts des cieux ? Comment hisser des ronds-points et les maintenir aux bonnes coordonnées ? Comment fixer durablement dans l'air des aménagements aussi lourds ? La modélisation du projet a fourni les réponses à ces problème en apparence insolubles, et plus encore a permis de démontrer l'indéniable adéquation de ce système à l'avionique en général.

Pour pouvoir faire fonctionner un ballon-point n'importe où au dessus de nos têtes, la solution technique la plus appropriée impose la conception d'un support immatériel, totalement virtuel mais intégralement visible par le système de navigation des avions, par les pilotes, par les équipages, par les passagers. La difficulté réside alors, dans la nécessité d'envisager des superficies à l'échelle des gros porteurs, ce qui revient à calculer des surfaces de contournement aussi vastes que celles de villes comme Paris. Mais avec un avantage indéniable sur le modèle terrestre, car en profitant d'une troisième dimension routière, la modélisation permet d'assimiler le ballon-point à une sphère, et d'admettre ainsi un nombre infini de trajectoires possibles pour les aéroplanes.

Les premiers tests ont été effectués il y a quelques années maintenant et donnent suffisamment de recul pour annoncer que les investissements dans ce secteur vont exploser à court, moyen et long terme. En effet, après une première phase de scepticisme, due notamment au gigantisme des installations nécessaires - il a très vite été déterminé que l'efficacité du ballon-point dépendait de son volume, et que ce dernier devait croître d'un facteur cubique rapporté à la croissance du trafic -, le projet a pris une impulsion nouvelle suite à la mise en place d'un modèle économique original et convaincant, suite au perspectives immenses offertes par la miniaturisation des surfaces.

Très rapidement l’inquiétude d'un encombrement du ciel par le déploiement tous azimuts du ballons-point a très nettement dégonflé l'enthousiasme général pourtant corroboré par des statistiques d'efficacité très édifiantes. En effet, là où les installations ont pu être réalisées, on a constaté, depuis la dernière collision aérienne, une réduction drastique de près de 100% du problème. Des chiffres prometteurs, mais le gain dans l'amélioration de la sécurité n'a pas convaincu, tant le coût de la mise en œuvre est apparu prohibitif. 

Certains intérêts scientifiques ont envisagé que ces infrastructures pouvaient aussi jouer un rôle pour ralentir le réchauffement climatique en réfléchissant les rayons du soleil. Mais les expériences n'ont jamais été concluantes. Seule une petite équipe de techniciens, épaulée par quelques business angels audacieux ont persévéré. Ils ont su relancer le projet en s'appuyant sur un business plan très pragmatique. 

Afin de pérenniser le développement des ballons-points, ils ont imaginé de valoriser les terrains gagnés sur le vide, et de vendre ces nouveaux espaces à des annonceurs. La promesse de consommateurs captifs, désœuvrés et  forcément captivés par ces bulles directionnelles qui se dégagent comme par magie des nuages, et accessoirement massent les passagers contre les hublots, a construit le succès de l'entreprise : paysages de vignobles à perte de vue reconstitués, reproduction de pays entiers, simulation de civilisations disparues, répliques de grandes métropoles, imitations de complexes industriels en pleine production, coffres forts de banques garnis d'or et de devises, bouteilles d'alcool géantes déguisées en sirènes, panneaux publicitaires démesurés, effigies de dictateurs gonflés de rage et d'orgueil... Seules les limites de l'imagination semblaient en mesure de borner le volume offert par chaque ballon-point. L'engouement général a dès lors attiré de nouveau investisseurs : fonds de pension, fonds souverains. Si bien, qu'on a pu craindre que l'appel d'air provoqué par le déplacement d'une telle manne financière, remplisse tellement le ciel qu'il le rende impraticable à toute navigation. 

Avant que le projet ne s'effondre sous son propre poids, il est alors devenu prioritaire et urgent de mettre au point des procédés innovants afin de réduire l'encombrement des installations sans pour autant en réduire le volume. Les équipes de recherche convoquées d'urgence à grands renforts de surprimes exceptionnelles, n'ont pas tardé à obtenir des résultats, au delà des attentes de leurs commanditaires. Il est aujourd'hui communément admis que pour les besoins du trafic aérien le volume du ballon-point peut être miniaturisé jusqu'à des dimensions de l'ordre du nanomètre-cube, invisible à l’œil nu, et d'un encombrement quasiment négligeable. A ce jour, ces valeurs infinitésimales ne sont pas encore atteintes, car la technologie dédiée aux hublots télescopique ne parvient pas à donner suffisamment de visibilité à des nano-ballons-points. Les enjeux d'avenir résident en totalité dans ces nouvelles technologies télescopiques, capables de réguler la croissance rapide de la demande de volumes, à la nécessaire limitation de l'encombrement. Le marché est en très forte croissance et les perspectives sont très positives. Alors que la télescopie progresse, multipliant les possibilité d'installation de nouveaux ballons-points, le fort développement des voyages dans l'espace laisse présager un avenir prometteur pour de futurs aménagements adaptés aux immensités sidérales. Pour les transports terrestres la transformation des ronds-points en ballons-points qui encombrent beaucoup moins l'espace public, tout en rendant autant de services, est en cours d'expérimentation. 




lundi 4 février 2013

la question de la langue à l'époque de Google

Cette présentation que fait Fredéric Kaplan à propos de la créolisation de la langue liée à son traitement industriel par la lecture et l'écriture est très instructive. Elle rappelle l'énorme puissance sous-tendue par le développement des technologies de l'information, les enjeux colossaux qui font courir les firmes du secteur, et l'impressionnante modification que ces nouveaux services font subir à nos rapports à l'information, à nos identités, à la culture au sens large. Plusieurs centaines de millier d'e-book seraient déjà rédiger par des robots, ces derniers résument à leur façon nos récits, "lisent" pour d'autres robots, qui classent, catégorisent, comprennent ou déclinent, et ré-écrivent. Sans forcément nous en rendre compte, petit à petit alors que les machines apprennent à déchiffrer notre langage, nous leur concédons de plus en plus de capacités d'expression, de correction, de formulation, de présentation. Il se produit comme une colonisation de l'esprit, comme si la mise en forme automatique, valait plus que la forme et le fond de la parole de chacun. La machine nous impose sa manière de partager avec les autres, d'échanger, de transmettre. Elle se présente comme neutre, voire comme une source de créativité, ce qui est relativement vrai dans l'absolu. Dans la pratique, c'est bien de plus en plus une machine qui a la réponse à chacune des questions qu'elle nous propose de formuler. La machine façonne son univers. Et pour l'essentiel, nous sommes cet univers...
La question de la langue à l'époque Google