L'état va emprunter 10 milliards d'euros pour financer 10 projets d'avenir liés au développement de la recherche, de l'innovation et des universités. Le mécanisme est le suivant pour chaque projet : l'état emprunte sur le marché 1 milliard, qu'il reverse à un organisme universitaire. Celui-ci en dispose comme d'un capital donc il l'investit sur le marché, en rachetant l'emprunt d'état. Résultat : l'organisme universitaire récupère les intérêts de l'emprunt, environ 4%, soit 40 millions d'euros par ans. Mais comme ces intérêts, c'est l'état qui les doit, ce sont donc les contribuables, tous les contribuables qui financent en fait ces projets.
Qu'est-ce que cet argent finance ? On parle de grands pôles de compétence autonomes associant les universités, les grandes écoles, les établissements de la recherche, et les entreprises, autour des défis industriels générés par le développement prochain de "l'économie de la connaissance". Il est très probables qu'à travers les grandes écoles, les grands corps d'état (comme par exemple le corps des mines) associés aux groupes industriels nationaux prennent une part importante dans le pilotage de ces projets. Autrement dit cet emprunt va participer fortement au financement du secteur nucléaire, ou de celui des nanotechnologies. A priori, ce n'est pas un mal en soi, mais...
Il y a simplement et depuis longtemps des interrogations récurrentes sur les coûts et l'adéquation des politiques industrielles menées souvent d'une façon opaque par ces corps d'élite, et aussi une vrai difficulté à instaurer un débat démocratique comme une certaine transparence dans cette matière. Finalement cet impôt qui ne dit pas son nom, remporte à bon compte une adhésion forcée et massive de tous les citoyens, là où un débat démocratique sur la nature de la société, et de l'avenir qu'on souhaite construire ensemble serait source de clivages insurmontables.
La philosophie de cet emprunt montre que les enjeux actuels et futurs sont toujours implicitement liés à la capacité des états et des entreprises, à centraliser et à concentrer les pouvoirs, pour faire au mieux dans la compétition mondiale. L'argent va donc à l'excellence, sans que celle-ci ne soit bien définie (excellence des polytechniciens traders pour la multiplication des profits financiers ? Excellence du projet SuperPhénix ? Excellence dans la manipulation de ce que l'on fait des déchets nucléaires ?) et provient d'une certaine façon, de la médiocrité (la masse) la valeur dominante, et sûrement partagée par le plus grand nombre. Ce projet ne précise toujours pas ce que les états vont faire des professeurs ratés ou des chercheurs ratés, et de tous les ratés, exclus de fait du système depuis fort longtemps, et qui très certainement, s'il ne se trouvent pas dans le bon wagon, le seront de plus en plus. Tous ceux-là n'existent pas !
Ainsi donc, nous nous apprêtons à re-financer une concentration des pouvoirs financiers, économiques et politiques, cette même concentration qui est fortement remise en cause par une part importante de la société : remise en cause de ces fondements quant à la bonne marche du monde, remise en cause dans le creusement des inégalités, remise en cause quant à ces fondements démocratiques (on aurait pas d'autres choix), remise en cause de la capacité du système à intégrer des valeurs humaines, remise en cause de l'opacité qui autorise ceux qui savent à manipuler les autres.
A l'opposé d'autres solutions sont prônées, peut-être d'une façon utopique mais cela reste à discuter, et proposent d'envisager la créativité, l'innovation, le futur en impliquant beaucoup plus "les gens" médiocres ou pas dans cette construction. Plutôt que de déléguer à des "spécialistes" ce que devront être les moyens nécessaires pour demain, il s'agit de faire déjà avec ce que l'on a, avec qui l'on a, et d'encourager les gens à développer et à partager des solutions collectives aux problèmes qui se posent. Par exemple en développant des réseaux de production décentralisé d'énergie propre, ou en développant des logiciels libres, en émettant de nouvelles monnaies plus adaptés au type d'échanges qu'ils ont entre eux, en usant d'une manière autonomes les biens communs, sans référer à des logiques d'état ou de multinationales. Ces solutions ne sont, ni moins scientifiques, ni moins technologiques que les autres, elles sont simplement moins centralisatrices et préfèrent voir dans la fragmentation des expériences plus de richesse que dans le formatage concentrationnaire. L'inconvénient de cette vision du monde est essentiellement politique, puisqu'elle remet en cause la façon dont se fait la gestion des ressources humaines, au niveau national et bien au delà, et donc la façon dont s'est instituée la domination, des uns sur les autres à l'intérieur d'une société, de certaines firmes sur d'autres, de certains pays sur d'autres, au niveau mondial.
Ainsi ceux qui attendent de ces investissements les prémisses d'une révolution verte risquent de déchanter tant les impératifs économiques pourraient prendre le pas sur l'efficacité modèles innovants, ceux qui militent contre les concentrations économico-politico-industrielles devront passer à la caisse et participer au développement de ce qu'ils rejettent. Les investis, ceux qui prennent la lourde responsabilité de définir notre devenir et notre avenir, devront très sérieusement réfléchir aux manières de distribuer leurs profits (s'ils en font) afin d'intégrer les gens, même les ratés dans leur projet (vaste problème). Nul ne consentira à des sacrifice pour construire un monde d'où il est exclu, à moins que les progrès de la technologie dans laquelle on investit ne permette à terme un contrôle totalitaire des dominants sur les dominés.
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mardi 15 décembre 2009
Grand emprunt
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jeudi 26 novembre 2009
Patrick Balkany candidat au Goncourt 2010
On connait Patrick Balkany comme un ami proche du président de la république. Accessoirement, il est aussi député maire UMP de Levallois-Perret dans les Hauts de Seine, le département le plus riche de France. Après des démêles avec la justice, qui l'avait rendu inéligible quelques temps, les électeurs, qui apprécient certainement les qualités du personnage, l'ont reconduit dans ses différents mandats.
Jusque là, cet homme politique n'avait guère fait parler de lui dans les cercles littéraires. C'est aujourd'hui chose faite, il a dévoilé dans une interview télévisée exclusive, un récit exemplaire, plein de nuances et de finesses sur le thème de la France éternelle. Dans une période de difficultés économiques, sociales, culturelles et politiques, sans précédent, Patrick Balkany a su faire sonner justement les mots de notre belle langue française, pour rendre plus vraie que nature, Sa France généreuse, où la pauvreté est relative car chacun paie selon ces moyens, Sa France tolérante, qui n'interne pas les marginaux, libres qu'ils sont de choisir de vivre dans la rue si tel est leur projet, Sa France magnanime, qui prévoie malgré tout pour eux, des hébergements d'urgence en cas de coup dur, de grand froid, pour qu'ils puissent trouver refuge même contre leur gré, et ainsi poursuivre leur projet jusqu'à son terme.
Eric Raoult, qui récemment a fustigé l'ingratitude de la dernière lauréate du prix Goncourt, Marie N'Diaye, peut exulter. Enfin il tient cet auteur qui fait rayonner le génie français bien au delà de nos frontières. Il tient aussi la preuve du lien étroit qu'entretient l'économie avec l'image qu'on peut donner à l'étranger, puisque même le CAC 40 aurait donné des signes de frémissement : des milliardaires de toutes les nationalités se seraient déclarés prêts à mettre le prix fort pour acquérir ce petit coin de paradis, qu'est notre beau pays : la France.
Ce talent caché pour les contes et les arts du récit n'avait pas échappé à Gaël Tchakaloff qui avait dressé un portrait de Patrick Balkany dans le nouvel Economiste de décembre 2004. Dans cet article, le journaliste a vraiment su mettre en perspective le parcours romanesque de cet homme politique hors normes. Dans un passage intitulé, le petit chaperon bleu (en référence à la couleur de sa famille politique), on peut voir comment une suite d'événements prosaïques est incarnée avec bonheur dans la trame d'un conte populaire. Je cite :
"Politiquement dévoré par un loup déguisé en mère-grand. Personnellement perdu dans une forêt amoureuse. Voici comment il raconte ses déboires… Il a de sacrés dons de conteur, ce Patrick.(...). Poursuivi pour diffamation par le juge Halphen ; battu aux élections municipales par Olivier de Chazeaux ; condamné à quinze mois de prison avec sursis, 200 000 francs d’amende et deux ans d’inéligibilité pour prise illégale d’intérêts ; mis en examen pour détournement de fonds publics provenant des œuvres sociales de la ville… Voilà une traversée du désert comme on en fait plus. Sa conquête amoureuse de Sybille Jacquin de Margerie, livrée aux médias, n’a rien arrangé. Il s’en explique aujourd’hui : « J’ai eu une passion amoureuse, comme cela arrive à beaucoup d’hommes, je crois. Après une dispute très banale, Sybille est descendue dans la rue. Il se trouve que j’avais à l’époque un permis de détention d’armes, et cela s’est traduit par une dépêche indiquant que je l’avais menacée… »(!) Alors, il est parti pour Saint-Martin. Un exil de trois ans, durant lequel il monte une régie publicitaire, pour passer le temps. Rattrapé par sa réputation, le CSA le somme, en 1998, de cesser les émissions de la radio qu’il s’est appropriée…"
En comparaison, le dernier succès en librairie de Fréderic Mitterrand peut paraître un peu fade. Les histoires tortueuses, de boxeurs Thaïs de plus de quarante ans sont lourdes à digérer, trop ténébreuses, trop d'épaisseur. Par contre dans les années à venir, il faudra conter avec l'exotisme intérieur d'un Patrick Balkany, maître de la fiction sociale, un genre nouveau, qui mêle l'argumentaire de la vente à domicile à l'épopée d'une nation en quête d'une prophétie qui se réalise enfin.
Jusque là, cet homme politique n'avait guère fait parler de lui dans les cercles littéraires. C'est aujourd'hui chose faite, il a dévoilé dans une interview télévisée exclusive, un récit exemplaire, plein de nuances et de finesses sur le thème de la France éternelle. Dans une période de difficultés économiques, sociales, culturelles et politiques, sans précédent, Patrick Balkany a su faire sonner justement les mots de notre belle langue française, pour rendre plus vraie que nature, Sa France généreuse, où la pauvreté est relative car chacun paie selon ces moyens, Sa France tolérante, qui n'interne pas les marginaux, libres qu'ils sont de choisir de vivre dans la rue si tel est leur projet, Sa France magnanime, qui prévoie malgré tout pour eux, des hébergements d'urgence en cas de coup dur, de grand froid, pour qu'ils puissent trouver refuge même contre leur gré, et ainsi poursuivre leur projet jusqu'à son terme.
Eric Raoult, qui récemment a fustigé l'ingratitude de la dernière lauréate du prix Goncourt, Marie N'Diaye, peut exulter. Enfin il tient cet auteur qui fait rayonner le génie français bien au delà de nos frontières. Il tient aussi la preuve du lien étroit qu'entretient l'économie avec l'image qu'on peut donner à l'étranger, puisque même le CAC 40 aurait donné des signes de frémissement : des milliardaires de toutes les nationalités se seraient déclarés prêts à mettre le prix fort pour acquérir ce petit coin de paradis, qu'est notre beau pays : la France.
Ce talent caché pour les contes et les arts du récit n'avait pas échappé à Gaël Tchakaloff qui avait dressé un portrait de Patrick Balkany dans le nouvel Economiste de décembre 2004. Dans cet article, le journaliste a vraiment su mettre en perspective le parcours romanesque de cet homme politique hors normes. Dans un passage intitulé, le petit chaperon bleu (en référence à la couleur de sa famille politique), on peut voir comment une suite d'événements prosaïques est incarnée avec bonheur dans la trame d'un conte populaire. Je cite :
"Politiquement dévoré par un loup déguisé en mère-grand. Personnellement perdu dans une forêt amoureuse. Voici comment il raconte ses déboires… Il a de sacrés dons de conteur, ce Patrick.(...). Poursuivi pour diffamation par le juge Halphen ; battu aux élections municipales par Olivier de Chazeaux ; condamné à quinze mois de prison avec sursis, 200 000 francs d’amende et deux ans d’inéligibilité pour prise illégale d’intérêts ; mis en examen pour détournement de fonds publics provenant des œuvres sociales de la ville… Voilà une traversée du désert comme on en fait plus. Sa conquête amoureuse de Sybille Jacquin de Margerie, livrée aux médias, n’a rien arrangé. Il s’en explique aujourd’hui : « J’ai eu une passion amoureuse, comme cela arrive à beaucoup d’hommes, je crois. Après une dispute très banale, Sybille est descendue dans la rue. Il se trouve que j’avais à l’époque un permis de détention d’armes, et cela s’est traduit par une dépêche indiquant que je l’avais menacée… »(!) Alors, il est parti pour Saint-Martin. Un exil de trois ans, durant lequel il monte une régie publicitaire, pour passer le temps. Rattrapé par sa réputation, le CSA le somme, en 1998, de cesser les émissions de la radio qu’il s’est appropriée…"
En comparaison, le dernier succès en librairie de Fréderic Mitterrand peut paraître un peu fade. Les histoires tortueuses, de boxeurs Thaïs de plus de quarante ans sont lourdes à digérer, trop ténébreuses, trop d'épaisseur. Par contre dans les années à venir, il faudra conter avec l'exotisme intérieur d'un Patrick Balkany, maître de la fiction sociale, un genre nouveau, qui mêle l'argumentaire de la vente à domicile à l'épopée d'une nation en quête d'une prophétie qui se réalise enfin.
mardi 3 novembre 2009
Fédérer les blogs
On peut commencer par reprendre l'intervention que Fréderic Lefebvre avait fait à l'assemblée nationale l'an dernier :
« L’absence de régulation du Net provoque chaque jour des victimes !
Combien faudra-t-il de jeunes filles violées pour que les autorités réagissent ?
Combien faudra-t-il de morts suite à l’absorption de faux médicaments ?
Combien faudra-t-il d’adolescents manipulés ?
Combien faudra-t-il de bombes artisanales explosant aux quatre coins du monde ?
Combien faudra-t-il de créateurs ruinés par le pillage de leurs œuvres ?
Il est temps, mes chers collègues, que se réunisse un G20 du Net qui décide de réguler ce mode de communication moderne envahi par toutes les mafias du monde. [...]
La mafia s’est toujours développée là ou l’État était absent ; de même, les trafiquants d’armes, de médicaments ou d’objets volés et les proxénètes ont trouvé refuge sur Internet, et les psychopathes, les violeurs, les racistes et les voleurs y ont fait leur nid. »
On peut lire cet article qui lui a été consacré à ce moment là. Au passage on peut aussi apprécier sa photo.
Et on peut constater que cette position a été reprise par l'un des régimes les plus démocratiques de la planête, la démocratie dirigée de la Russie. En effet dans un article plus récent daté du mois de septembre, on peut lire que les mêmes arguments sont repris par le Kremlin pour justifier la nécessité d'une censure sur internet (lire l'article). Une censure qui n'est évidemment pas établie par l'état, donc pas politique, mais par "un corps indépendant" qui déciderait de ce qui est acceptable ou pas. Une sorte de conseil de l'ordre des journalistes comme l'ont encore proposé très récemment certains députés de la majorité afin de limiter les dérapages médiatiques (ceux des affaires Mitterrand, ou Jean Sarkosy). On pourrait sans crier gare glicer d'un régime hyper-présidentiel, à un régime ultra-présidentiel, passer de l'idée des pouvoirs concentrés pour gagner en efficacité, à celle des pouvoirs encore plus concentrés pour que cette efficacité ne soit plus contestée.
« L’absence de régulation du Net provoque chaque jour des victimes !
Combien faudra-t-il de jeunes filles violées pour que les autorités réagissent ?
Combien faudra-t-il de morts suite à l’absorption de faux médicaments ?
Combien faudra-t-il d’adolescents manipulés ?
Combien faudra-t-il de bombes artisanales explosant aux quatre coins du monde ?
Combien faudra-t-il de créateurs ruinés par le pillage de leurs œuvres ?
Il est temps, mes chers collègues, que se réunisse un G20 du Net qui décide de réguler ce mode de communication moderne envahi par toutes les mafias du monde. [...]
La mafia s’est toujours développée là ou l’État était absent ; de même, les trafiquants d’armes, de médicaments ou d’objets volés et les proxénètes ont trouvé refuge sur Internet, et les psychopathes, les violeurs, les racistes et les voleurs y ont fait leur nid. »
On peut lire cet article qui lui a été consacré à ce moment là. Au passage on peut aussi apprécier sa photo.
Et on peut constater que cette position a été reprise par l'un des régimes les plus démocratiques de la planête, la démocratie dirigée de la Russie. En effet dans un article plus récent daté du mois de septembre, on peut lire que les mêmes arguments sont repris par le Kremlin pour justifier la nécessité d'une censure sur internet (lire l'article). Une censure qui n'est évidemment pas établie par l'état, donc pas politique, mais par "un corps indépendant" qui déciderait de ce qui est acceptable ou pas. Une sorte de conseil de l'ordre des journalistes comme l'ont encore proposé très récemment certains députés de la majorité afin de limiter les dérapages médiatiques (ceux des affaires Mitterrand, ou Jean Sarkosy). On pourrait sans crier gare glicer d'un régime hyper-présidentiel, à un régime ultra-présidentiel, passer de l'idée des pouvoirs concentrés pour gagner en efficacité, à celle des pouvoirs encore plus concentrés pour que cette efficacité ne soit plus contestée.
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